Arthrose, une nouvelle piste de traitement

Des chercheurs viennent d’identifier une molécule impliquée dans l’apparition de l’arthrose. De quoi espérer un nouveau médicament ? L’avis du Pr Francis Berenbaum, président de la Société internationale de recherche sur l’arthrose*

 


Six millions de français souffrent d’arthrose. Cette maladie atteint le cartilage des articulations. Il est constitué de deux éléments. Une substance appelée «matrice», qui permet au cartilage d’assurer sa fonction : Autoriser le mouvement entre deux extrémités osseuses. Et des cellules, les chondrocytes, capables de fabriquer cette matrice. «Dans l’arthrose, les cellules se mettent à fabriquer, d’une part une matrice de mauvaise qualité, et d’autre part des enzymes qui dégradent la matrice», explique le Pr Berenbaum.

Une équipe dirigée par le Pr Thomas Pap, de l’Université de Münster, a récemment découvert que la libération de l’une des enzymes destructrices était favorisée par une molécule située à la surface des chondrocytes : le syndecan. Elle a également prouvé que l’injection, à des souris, d’anticorps dirigés contre le syndecan prévenait les lésions du cartilage.

Les résultats de ces travaux, publiés dans la prestigieuse revue Nature Medecine en août dernier, ont été relayés par des titres dithyrambiques dans les medias.

« L’arthrose ne doit plus être une fatalité, il faut continuer de se battre ! »

La presse laissait à penser que «le» mécanisme de l’arthrose était enfin élucidé.

Une formulation en forme de raccourci hâtif, selon le Pr Berenbaum. «Dire que l’on a découvert la cause de l’arthrose, et le médicament capable de la guérir, serait donner de faux espoirs.» Cette découverte constitue néanmoins une avancée. Elle s’inscrit dans une tendance actuelle : la mise au point de traitements ciblés. En pratique, il s’agit d’identifier les mécanismes de l’arthrose, ce qui permet de définir différentes cibles thérapeutiques, puis de fabriquer des médicaments qui s’attaquent à ces cibles.

«Ils ralentiront la dégradation du cartilage, là où les médicaments actuels ne nous permettent que de soulager les douleurs», anticipe le Pr Berenbaum.
«Le syndecan constitue une cible possible, mais ce n’est pas la seule molécule impliquée. De plus, nous savons aujourd’hui que l’arthrose n’est pas une maladie du seul cartilage, mais de l’articulation toute entière. De nouveaux traitements pourraient cibler la membrane synoviale, ou l’os.

Des médicaments utilisés dans l’ostéoporose sont d’ailleurs testés dans l’arthrose.» Une maladie aujourd’hui considérée comme inflammatoire, et non plus mécanique. Un dernier message ? «L’arthrose n’est pas une maladie de vieux», insiste le Pr Berenbaum. «Elle ne doit plus être une fatalité. Il faut se battre !»

* Osteoar thritis Research Society International (OARSI).