Maigrir à deux

Avec le nombre des années passées ensemble, elle et lui accumulent bien souvent de concert des kilos en trop. L’envie de s’en débarrasser grandit avec l’approche des beaux jours…
 

Pourquoi ne pas se lancer dans cette aventure ensemble ? C’est bien plus facile et plus efficace !

Le surpoids chez l'homme et chez la femme


En France, la moitié des adultes sont en surpoids, voire obèses*.

Les hommes (57 %) sont plus nombreux que les femmes (41 %) à afficher un poids excessif. Mais dans les deux sexes, la fréquence de la surcharge pondérale augmente au fil des ans, pour atteindre son summum chez les quinquas et plus.

Pour des raisons hormonales, les kilos superflus ne s’installent pas aux mêmes endroits du corps, selon le sexe. «Chez la femme, la masse grasse se concentre plutôt sur les hanches, les fesses et les cuisses, indique Florence Rossi Pacini, diététicienne à l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille, et membre de l’Association française des diététiciens-nutritionnistes. Chez l’homme, elle se situe plutôt dans la partie supérieure du corps, sur la taille et le torse». Autrement dit : bonjour les poignées d’amour et le bedon proéminent ! Cette localisation masculine n’est pas sans incidence sur la santé. Ce que les médecins qualifient de «syndrome de la bedaine» (voir encadré) accroît en effet le risque de maladies cardiovasculaires et de diabète. Avoir le ventre de plus en plus rebondi constitue donc un signal d’alerte à prendre en compte, avant que ne se déclarent de sérieux problèmes de santé. Hélas, les hommes attendent souvent d’en arriver là pour se soucier de leur balance, comme le constate le Professeur Monique Romon, membre de la Société française de nutrition et Chef du service de Nutrition du CHU de Lille, où elle reçoit en consultation des personnes obèses. «80% de mes patients sont des femmes, et elles se préoccupent de leurs poids pour des motifs esthétiques. Les hommes se soucient de leur poids beaucoup plus tardivement, en général parce qu’il a une répercussion sur leur santé».

Maigrir en couple


Quelles que soient leurs motivations, lorsque les deux moitiés d’un même couple sont en surpoids, elles ont tout intérêt à passer à l’action ensemble. « C’est plus facile de se lancer mais aussi de tenir sur la durée, à deux », confirme Florence Rossi Pacini. À l’inverse, agir seul(e) a tout d’une mission commando. «Tenter de maigrir alors que les placards sont remplis de chips, c’est impossible, ou alors il faut une extraordinaire motivation», prévient le Pr Romon.

L’aventure de la perte de poids est semée d’embûches. Les affronter à deux permet de mieux les surmonter. Quand l’un craque, l’autre est là pour le soutenir. Quand l’une se décourage, l’autre la remotive. Une émulation mutuelle que l’on peut renforcer par la promesse d’un cadeau commun (voyage, relooking…) si elle et lui parviennent tous deux à atteindre leur objectif pondéral respectif. Ce dernier doit être raisonnable, tant en nombre de kilos à perdre, qu’en durée de l’amaigrissement. « Pour perdre beaucoup de poids, de façon rapide, certains entreprennent un régime très restrictif et parfois carencé… à l’arrêt duquel ils reprennent plus de poids que ceux qu’ils ont perdu ! C’est l’effet yoyo. Et puis il faut aussi tenir compte de l’élasticité de la peau. Les tissus n’ont pas le temps de se remodeler en cas d’amaigrissement rapide et important », avertit Florence Rossi Pacini. Pour elle, l’idéal réside au contraire dans une perte de poids « intelligente et pérenne, régulière et douce. Maigrir doucement veut dire que l’on ne s’impose pas trop de restrictions, donc pas trop de frustrations. On peut ainsi garder le rythme plus longtemps ».

Le coaching d’un professionnel de santé


Pour y parvenir, l’aide d’un professionnel de santé peut s’avérer précieuse. Un expert à consulter à deux, pour se familiariser ensemble avec les grandes règles de la nutrition et bénéficier «d’un véritable coaching au long cours» propose Florence Rossi Pacini.

Consulter, mais qui ? « Un professionnel de santé spécialisé en nutrition, diététicien ou médecin nutritionniste, répond Florence Rossi Pacini. Les diététiciens ont besoin de la prescription d’un médecin pour les patients qui présentent une pathologie, par exemple un diabète ».

Les règles communes recommandées


Avec ou sans aide, la tactique à adopter s’avère la même pour la femme et pour l’homme. «Maigrir nécessite de changer l’alimentation familiale», résume le Pr Romon. Il ne s’agit pas de «se mettre au régime», mais de rééquilibrer son alimentation. «L’objectif premier d’une perte de poids, c’est de retrouver les notions de base de l’équilibre alimentaire» insiste Florence Rossi Pacini. À cet égard, le Programme National Nutrition Santé (PNNS) a défini de précieux repères nutritionnels. Pour parvenir à ses fins pondérales, il faut les adopter tous… et pas seulement celui qui conseille de manger 5 fruits et légumes par jour.

Conseil n°1

En pratique, il est souhaitable de «chasser au maximum la graisse de son alimentation», martèle le Pr Romon.

Conseil n°2

« Il faut aussi manger moins sucré et boire moins d’alcool », ajoute Florence Rossi Pacini.

Conseil n°3

Il est important de ne pas sauter le petit-déjeuner et faire des repas complets. Le déjeuner comme le dîner doivent comporter des féculents, c’est-à-dire des pâtes, du riz, des pommes de terre et/ou du pain, des légumes, une portion de protéines, apportée par de la viande, du poisson, des oeufs ou du fromage, et enfin un fruit. Le midi, elle et lui pensent faire le bon choix en optant pour un steak grillé et une salade verte ? Mauvaise pioche ! « C’est déséquilibré, pointe Florence Rossi Pacini. De plus, les aliments sources de protéines sont souvent, à l’exception des crustacés, riches en matières grasses. Manger moins de viande grasse veut dire manger moins de protéines. Un steak de 100 g équivaut grosso modo à une petite plaquette de beurre de restauration, soit un petit peu plus qu’une portion de camembert ».

Conseil n°4

Afin de réduire les matières grasses utilisées pour la cuisson et l’assaisonnement, mieux vaut choisir des aliments qui ont naturellement du goût, ou les assaisonner avec des épices et des herbes aromatiques. Découvrir de nouvelles saveurs et de nouveaux modes de cuisson plus légers, jouer sur les couleurs et les parfums, soigner la présentation, le rééquilibrage de l’alimentation s’accompagne d’une véritable rééducation du goût !

Les différences hommes-femmes

 

Les explications de ces différences

Les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes besoins. «À degré d’activité physique et rapport taille/poids comparables,  les apports nutritionnels conseillés se situent aux alentours de 2 000 calories par jour pour les femmes, 2 500 calories pour les hommes» précise Florence Rossi Pacini. Cette inégalité s’explique par une différence de constitution corporelle, sous influence hormonale. La masse grasse est plus importante chez la femme (20 à 35% du poids du corps) que chez l’homme (15 à 28%). Et l’homme a davantage de masse maigre, qui comporte notamment les muscles. Or ces derniers consomment beaucoup d’énergie, c’est pourquoi l’organisme masculin a besoin de plus de calories au quotidien. C’est aussi la raison pour laquelle «l’homme maigrit sans doute plus vite que la femme», signale le Pr Romon.

Les stratégies à adopter

Sans doubler les rations, le volume de l’assiette masculine doit être supérieur à celui de sa compagne. «Pour la viande ou le poisson, une portion féminine normale tourne autour de 100-120g, on peut aller jusqu’à 150g pour l’homme», illustre Florence Rossi Pacini. Au-delà de cette petite différence, il faut bel et bien changer en profondeur le quotidien des deux tourtereaux. «Ils doivent réfléchir ensemble à la manière dont ils font les courses et remplissent les placards, souligne le Pr Romon. Ils doivent aussi revoir la manière dont ils occupent leurs loisirs, et trouver des moyens de faire davantage d’activité physique.» Bouger plus permet de garder, ou de retrouver, une bonne masse musculaire. «La perte de poids, c’est aussi une perte de muscles, justifie le Pr Romon. Après un amaigrissement, l’activité physique s’avère essentielle pour maintenir son poids. Il faut alors en faire une heure par jour, par exemple une demi-heure quotidienne de marche rapide, et deux séances hebdomadaires d’une heure et demi d’une activité physique plus intensive.» Un idéal à atteindre piano-piano, en augmentant de façon très progressive la durée de l’exercice et son intensité.

Exploiter les différences

La femme et l’homme possèdent un fonctionnement cérébral et des capacités sensorielles différentes. Pourquoi ne pas les utiliser des différences ?

  • LUI :

Il utilise davantage l’hémisphère droit de son cerveau, centré sur l’action et la compétition. Pour lui donner envie de perdre du poids, mieux vaut donc lui présenter la chose comme un challenge dont il sortira, forcément, gagnant.

Il a un meilleur sens de l’orientation. Une capacité plus qu’utile pour se repérer dans les rayons du supermarché à l’heure des courses hebdomadaires. Une mission à lui confier le ventre plein, avec une liste précise, élaborée d’après les menus de la semaine, conçus ensemble.

Il est très sensible à la vue, voit mieux de loin et a une meilleure perception des formes. Pour le faire manger sans rechigner un plat plus léger, il faut donc lui présenter une assiette au contenu très appétissant, limite sexy

  • ELLE :

Elle utilise plus son cerveau gauche, celui du partage verbal et de la communication. Pour la convaincre, il va falloir parlementer, en douceur et sans la vexer. elle se repère mieux dans le temps et a une mémoire plus vive des dates importantes. La charge lui revient donc de se souvenir que la pesée conjugale, c’est toutes les semaines, de préférence à la même heure.

Elle a un odorat plus fin et perçoit davantage de nuances de couleurs. Son assiette doit avoir du fumet et être très colorée pour la mettre en appétit.

*Sources : Institut de veille sanitaire (2007).
 

Zoom sur le sommeil


Une durée de sommeil trop courte favorise la prise de poids. Elle provoque en effet une augmentation de la faim et de l’appétit pour les aliments riches en graisses et en sucre, ainsi qu’une diminution du niveau d’activé physique durant la journée.

Source : Petit-déjeuner scientifique de l’Institut Français pour la Nutrition (IFN) «Sommeil et poids, font-ils bon ménage ?», avril 2008
 

Zoom sur les cellules graisseuses


La multiplication de cellules graisseuses se fait tôt dans la vie, explique Florence Rossi Pacini. À l’âge de 6 ans, on a grosso modo acquis son capital définitif d’adipocytes.

Par la suite, leur taille peut augmenter ou diminuer, mais leur nombre ne changera pas.

Une fois adulte, il est donc plus facile de maigrir quand on a eu un poids normal durant l’enfance et l’adolescence. Une prise de poids ultérieure n’est en effet pas liée à une augmentation du nombre d’adipocytes, mais de leur volume.
 

"Le syndrome de la bedaine"


Le syndrome «de la bedaine» (ou «métabolique») touche plus souvent les hommes, mais les femmes ne sont pas épargnées, notamment après la ménopause. Il associe :

-       Un tour de taille élevé (obésité abdominale) : plus de 102 cm pour les hommes, plus de 88 cm pour les femmes.

-       Un taux de triglycérides trop élevé

-       Un taux de bon cholestérol (HDL) trop bas

-       Une tension artérielle élevée (± 130/85 mm Hg ou 13/8 cm Hg)

-       Une glycémie à jeûn trop élevée, ou un diabète de type 2

 

Si l’augmentation du tour de taille se voit, les autres anomalies sont longtemps silencieuses.

Pour en savoir plus :

- Sur le net : http://syndromedelabedaine.org/
- En librairie : « Surveillez votre ventre : Attention au syndrome de la bedaine ! » Dr Boris Hansel, Editions Hachette