Le blues ne passera pas pas moi!

Au coeur de la saison froide, près de 20% de la population a le moral en berneà un degré plus ou moins marqué, du petit coup de blues à la véritable dépression. Les spécialistes appellent ce coup de froid au moral un "Trouble Affectif Saisonnier". La bonne nouvelle? Il existe un moyen efficace de le soigner! 

En janvier 1984, le psychiatre et chercheur Norman E. Rosenthal publie un article qui marque la naissance officielle d'une pathologie pourtant connue depuis des siècles: le Trouble Affectif Saisonnier (TAS), en anglais Seasonal Affective Disorder, soit SAD, un acronyme en forme de jeu de mots.

Des symptômes évocateurs


Le TAS, encore appelé dépression saisonnière, se manifeste par une augmentation du temps de sommeil (hypersomnie), une somnolence durant la journée, une augmentation de l'alimentation (hyperphagie) avec consommation accrue de féculent ou de sucreries, et prise de poids, une sensation de fatigue, un manque d'énergie et de motivation, des difficultés de concentration et une baisse de libido. Ce tableau peut s'accompagner d'une grande tristesse, voire d'idées suicidaires, mais elles sont moins fréquentes que dans la dépression "classique", non saisonnière. Autre spécificité: ce ta tableau apparaît sous nos latitudes en automne et perdure tout l'hiver, avant de s'effacer de façon spontanée à l'arrivée du printemps. Pour porter le diagnostic de TAS, les symptômes doivent survenir durant au moins deux années consécutives, sans dépression d'une autre nature entre les deux épisodes. Le trouble affectif saisonnier toucherait près de 20% des Européens à un degré variable: environ 5% de la population en présenterait des signes marqués, et 15% une version "allégée". Dans un cas comme dans l'autre, les femmes sont en première ligne (3/4 des cas), surtout entre 20 et 40 ans. Néanmoins, les hommes, les adolescents et même les enfants ne sont pas épargnés.

La cause reste floue


Le facteur déclenchant du trouble affectif saisonnier est connu. Il s'agit de l'arrivée de l'automne, qui s'accompagne d'une réduction progressive de l'ensoleillement. La saison froide est aussi la saison sombre. Au coeur de l'hiver, notre durée d'exposition à la lumière naturelle se réduit à quelques heures, voire quelques minutes pour ceux qui passent l'essentiel de leur journée à l'intérieur. De plus, la quantité de lumière que nous recevons (ou éclairement lumineux, expimé en lux) suit la même pente descendante: à l'extérieur, elle dépasse les 50 000 lux un jour d'été ensoleillé, pour descendre à 2 000 lux lors d'une journée hivernal nuageuse. Les mécanismes biologiques par lesquels cette réduction de l'exposition à la lumière induit un TAS chez certains individus, et pas chez d'autres, restent discutés. Il pourrait exister un terrain génétique favorisant.
Ainsi, les parents au premier degré (père, mère, fils, fille, soeur, frère) d'une personne atteinte de TAS en souffrent plus souvent eux-mêmes. Le patrimoine génétique pourrait contribuer à une plus ou moins grande sensibilité au blues de l'hiver, mais il ne suffit pas à expliquer son apparition chez un individu donné.

Jour-nuit


Certains chercheurs pensent que les personnes atteintes de TAS auraient une rétine moins sensible à la lumière que les autres. D'autres penchent pour un rôle prépondérant de la sérotonine, un neuromédiateur impliqué dans la régulation de l'appétit (d'où l'hyperphagie) et l'alternance veille-sommeil (d'où l'hypersomnie).
D'autres chercheurs avancent l'hypothèse d'une implication de la mélatonine, une hormone secrété surtout la nuit et qui favorise l'endormissement. Sa sécréction est calée sur l'alternance jour-nuit: elle diminue dès que le soleil se lève, pour augmenter à partir du moment où il se couche. Dans le TAS, il existerait un dérèglement de ce calage sur l'alternance jour-nuit, en raison de la baisse de l'exposition à la lumière. Et tout rentrerait dans l'ordre au printemps, dès que l'éclairement lumineux dépasse un certain seuil.
Une équipe de recherche a ainsi prouvé que l'exposition à une lumière vive (au moins 2 000 lux) supprime la secrection de mélatonine. 

 

Quand la lumière soigne


Ce résultat pourrait expliquer en partie l'effet de la luminothérapie (ou photothérapie, ou encore luxthérapie), qui constitue le traitement à utiliser en première intention pour soigner uin TAS. Elle consite à s'exposer tous les jours, le matin, de préférence peu de temps après le lever, à une source artificielle de lumière de 2 000 lux au moins, afin de pallier l'insuffisance saisonnière d'ensoleillement. La source lumineuse est spécifique: il s'agit d'une lampe, d'un écran ou de lunettes de luminothérapie. Ces appareils n'ont rien à voir avec les cabines ou les lampes de bronzage. Pour un appareil de luminothérapie qui délivre 10 000 lux, une demi-heure d'exposition quotidienne suffit. Les séances doivent commencer dès le début des symptômes et se poursuivre jusqu'au printemps. La luminothérapie s'avère efficace dans environ 70% des cas. Ce taux de réussite est équivalent à à celui d'un traitement par médicament antidépresseur, sans en avoir les effets indésirables et en agissant bien plus rapidement, le plus souvent dès la première semaine de traitement. De nombreux centres hospitaliers du sommeil sont désormais équipés d'appareils de luminothérapie. Certains services de consultations de psychiatrie le sont aussi, de même que des centres de bien-être. On trouve également des lampes de luminothérapie en pharmacie, en boutique et sur Internet, pour un coût de 150 à 300 euros... non remboursés par l'Assurance maladie.
Pour ceux qui préfèrent effectuer leurs séances en centre de bien-être ou à la maison, une première précaution s'impose avant de commencer: consulter son médecin traitant ou un psychiatre. Il pourra s'assurer qu'il s'agit bien d'un TA, juger de la nécessité d'un traitement complémentaire (psychothérapie, médicaments antidépresseurs) et évaluer le risque de la luminothérapie en cas de prise de médicaments photosensibilisants ou d'allergie au soleil. Une seconde précaution consite à demander l'avis d'un ophtalmologiste si l'on est âgé ou que l'on souffre soit d'une maladie de la rétine (rétinopathie), soit d'une maladie générale qui augmente le risque de développer un jour une rétinopathie (diabèten hypertension artérielle). Il s'agit d'une recommandation de principe, les spécialistes n'ayant jamais constaté d'effets indésirables occulaires après des séances de luminothérapie.